Vignettage et Mauvaise Foi

(c) Caroline Pochoy

Pourquoi, mais pourquoi tant de vignettage ?

Nos appareils numériques ne cessent de nous draguer avec leurs supers-pouvoirs de super-netteté et de super-clarté. Et nous, on s’en va les tromper avec Lightroom et ses copains. On le sait, on abuse mais on se laisse attirer parfois démesurément vers ces sirènes.

Mais que nous arrive-t-il ?
Petit essai d’argumentation, fondée ou non, crédible ou non, de bonne foi ou non.

Il y a tout d’abord les raisons prosaïquement techniques :
– J’ai beau me déplacer, m’accroupir, me rouler par terre, mon objectif se met à vignetter depuis le passage au full frame. Tiens, c’est drôle ce rendu, je n’y aurais pas pensé. Soit, puisque c’est la bête qui l’a décidé : hop, jouons-en.
– J’ai beau me déplacer, m’accroupir, me rouler par terre, il y a toujours un fichu poteau en arrière plan… hop il disparaît dans le vignettage.
– J’ai beau me déplacer, m’accroupir, me rouler par terre, le cadre « fuit », ne fait pas son boulot de cadre. Hop, on vignette, ça l’assoit ce cadre

Puis viennent les ô combien nobles raisons esthétiques :
– On aura beau faire, le vignettage, ça vous dramatise une scène ou un portrait, y a pas à tortiller
– On aura beau faire, puisque la photographie est une écriture de la lumière, le vignettage l’introduit doucement, en dégradé, comme une lueur naissante. L’effet paraît plus trash, plus dark, mais dans, le fond, c’est moins violent qu’un cadre, qu’un liseret noir à la mode HCB.
– On aura beau faire, le vignettage, ça laisse un indice de notre propre main sur la photo. Non, la photo n’est pas automatique. Oui, j’y suis pour quelque chose : j’ai déplacé un petit curseur… C’est bien beau de parler de l’œil du photographe, mais eheh, le photographe il se meut, il marche, il s’accroupit et se roule par terre : il a des jambes. Puis il développe, dans la chambre noire ou la chambre de lumière (lightroom) : il a des mains.

Et les considérations historico-artistico-philo-sociologiques dans tout ça ?
– Après tout, vignetter c’est grignoter la superpuissance des millions de pixels.
– C’est débusquer son côté trop net pour être vrai. C’est refuser la comparaison avec une image totalement virtuelle ou totalement documentaire.
– C’est l’authentifier comme photographie et non comme image. C’est revenir aux origines de la photo, avec ses sels d’argents, ses plaques de verre, ses rayures, ses aberrations. C’est lui redonner corps.

Donc, finalement, c’est très noble de vignetter….
CQFD.

 janvier 2010
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